On me pose souvent la question en consultation : « L'EMDR, ça marche vraiment ? » Le nom intrigue, les mouvements des yeux aussi. Certains en ont entendu parler comme d'une méthode miracle, d'autres s'en méfient. Je comprends ces deux réactions. Dans cet article, je vous propose de faire le point sur ce que dit réellement la recherche : les recommandations officielles, les résultats des études, mais aussi les limites de la méthode.
L'EMDR, de quoi parle-t-on ?
EMDR signifie Eye Movement Desensitization and Reprocessing, soit « désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires ». La méthode a été mise au point à la fin des années 1980 par la psychologue américaine Francine Shapiro.
Son principe : aider le cerveau à retraiter un souvenir traumatique resté « bloqué » avec ses images, ses sensations et ses émotions d'origine. Pendant que la personne se concentre sur ce souvenir, le thérapeute propose des stimulations bilatérales alternées (mouvements des yeux, tapotements ou sons). Le souvenir ne disparaît pas. Il perd sa charge émotionnelle pour redevenir un souvenir du passé, que l'on peut évoquer sans revivre la détresse.
La thérapie suit un protocole structuré en huit phases, de l'histoire de la personne jusqu'à la réévaluation du travail accompli.
Une thérapie reconnue par les autorités de santé
C'est souvent ce qui surprend le plus : l'EMDR n'est pas une pratique marginale. Elle figure dans plusieurs recommandations officielles, en France comme à l'étranger.
En France : l'Inserm puis la HAS
En 2004, l'Inserm publie une expertise collective consacrée à l'évaluation de trois grandes familles de psychothérapies. L'EMDR y est rattachée aux thérapies cognitives et comportementales, dont l'efficacité dans le stress post-traumatique est jugée établie.
En 2007, la Haute Autorité de Santé (HAS) cite à son tour l'EMDR parmi les psychothérapies recommandées pour l'état de stress post-traumatique.
À l'international : OMS, NICE, ISTSS
- L'OMS (2013) recommande l'EMDR, au même titre que les TCC centrées sur le traumatisme, pour prendre en charge le stress post-traumatique chez l'adulte comme chez l'enfant. Elle privilégie ces thérapies aux traitements médicamenteux.
- Le NICE (2018), l'institut britannique de référence en santé, recommande de proposer l'EMDR aux adultes qui souffrent de stress post-traumatique plus de trois mois après un événement, généralement sur 8 à 12 séances.
- L'ISTSS (2018), la Société internationale pour l'étude du stress traumatique, accorde à l'EMDR son plus haut niveau de recommandation pour les enfants, les adolescents ainsi que les adultes.
Une reconnaissance parfois plus nuancée
Par honnêteté, je précise que toutes les instances ne vont pas aussi loin. L'Association américaine de psychologie (APA) lui accorde une recommandation dite « conditionnelle », tout en indiquant que ce niveau pourrait évoluer avec les futures études.
Ce que montrent les études sur l'efficacité de l'EMDR
L'EMDR a fait l'objet de nombreux essais contrôlés randomisés, le standard le plus exigeant en recherche clinique. Plusieurs méta-analyses, qui regroupent les résultats de dizaines d'études, concluent à une efficacité comparable à celle des TCC centrées sur le traumatisme dans le stress post-traumatique.
Une étude française m'a particulièrement marquée. Menée à Bordeaux par l'Inserm et le CHU, publiée en 2018, elle a suivi 130 patients admis aux urgences après un événement stressant. Trois mois plus tard, 3 % des personnes ayant bénéficié d'une seule séance d'EMDR présentaient un stress post-traumatique, contre 16 % après un simple entretien et 19 % sans prise en charge particulière.
Les limites de l'EMDR : je préfère vous en parler
- Le rôle des mouvements oculaires reste débattu. Certaines recherches obtiennent des résultats proches avec ou sans mouvements des yeux. Pour une partie des chercheurs, l'efficacité tiendrait surtout au travail structuré sur le souvenir.
- Son indication la mieux démontrée reste le traumatisme. L'EMDR est aussi utilisée pour certaines phobies, l'anxiété ou des deuils difficiles, mais les preuves y sont moins nombreuses.
- Ce n'est pas une baguette magique. Le nombre de séances varie selon l'histoire de chacun. Lorsque les traumatismes sont multiples ou anciens, un temps de préparation est souvent nécessaire avant de travailler sur les souvenirs.
- La formation du thérapeute compte. L'EMDR demande une formation spécifique. N'hésitez pas à demander à votre thérapeute comment il s'est formé.
Pour quelles difficultés je propose l'EMDR
Dans mon cabinet de Castelnau-le-Lez, près de Montpellier, je propose l'EMDR lorsqu'un événement passé continue de peser sur le présent :
- un accident, une agression, un choc soudain ;
- des souvenirs envahissants, des cauchemars, des réactions de sursaut ;
- une peur ou une anxiété liée à un événement précis ;
- un deuil vécu dans des circonstances difficiles ;
- des blessures plus anciennes qui se rejouent dans la vie actuelle.
Je l'intègre à mon approche globale de la thérapie individuelle, aux côtés de la TCC ou de la maïeusthésie selon ce qui vous convient le mieux.
Comment se déroule l'accompagnement
Tout commence par un échange pour comprendre votre demande ainsi que votre histoire. Nous prenons ensuite le temps de construire un sentiment de sécurité avant d'aborder le souvenir difficile. Pendant les phases de retraitement, vous gardez toute votre conscience :
vous restez maître du rythme, nous pouvons faire une pause à tout moment. Chaque séance se termine par un retour au calme.
Questions fréquentes sur l'EMDR
Combien de séances d'EMDR faut-il ? Pour un événement unique, quelques séances suffisent parfois. Les recommandations britanniques évoquent 8 à 12 séances pour un stress post-traumatique. Les situations plus complexes demandent davantage de temps.
L'EMDR est-elle éprouvante ? Revenir sur un souvenir peut réveiller des émotions fortes. Le cadre est pensé pour que cela reste supportable : je vous accompagne à chaque étape.
L'EMDR fonctionne-t-elle pour tout le monde ? Aucune thérapie ne fonctionne pour tout le monde. Les études montrent une efficacité solide dans le stress post-traumatique. Le premier rendez-vous nous permet de voir ensemble si c'est la bonne approche pour vous.
Les séances sont-elles remboursées ? Les séances ne sont pas prises en charge par l'Assurance maladie. Certaines mutuelles participent : je vous invite à vérifier votre contrat.
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